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L'église et le curé Dompmartin

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Éditeur : -N° de carte : -
Commune : Monnetier-MornexLieu-dit : Monnetier-Église

« Le curé Dompmartin (1879-1948) était prénommé Jules César, ce que l’on n’a su qu’après sa mort. À Monnetier-Mornex, il nous arrive en août 1929 pour remplacer le curé Philibert Hudry et regarde avec des jumelles, depuis les voûtes du Petit Salève, passer le Zeppelin (énorme ballon fusiforme allemand) qui finira par brûler, puis exploser quelques années plus tard en arrivant à New-York. Le fait de s’intéresser de plus près à ce qui se passe est trouvé “très moderne” ! Le nouveau curé s’installe à la cure de Monnetier, avec son aide, Thérèse, femme très dévouée qui s’est beaucoup occupée de lui, spécialement sur la fin de sa vie. Né le 27 septembre 1879 à La Roche-sur-Foron, ordonné prêtre à 25 ans, il est nommé à Monnetier-Mornex après quelques postes dans la région. Il y restera jusqu’à sa fin, le 22 avril 1948. Il avait été blessé à la jambe à la guerre de 1914-18 et il boitait. Cependant, le dimanche, il descendait à pied à Mornex dire une messe à 8 h, puis remontait toujours à pied pour célébrer la grand-messe à l’église de Monnetier à 10 h et les vêpres l’après-midi. Pour marcher, il s’aidait d’une canne où une tige de chèvrefeuille entourait le bâton, admirable objet d’art. À la sortie de la guerre quand on a été réapprovisionné en essence, la famille Grisoni, Victor Mieusset et M. Pagnod le remontait en voiture pour la grand messe. Lorsqu’il devait rentrer à pied à Monnetier, il avait tendance à ”expédier” la messe de Mornex ; il lisait ses lectures pendant le chant du Gloria si bien qu’il arrivait à la fin de l’évangile en même temps et pouvait alors commencer son sermon. Il tenait à faire la quête lui-même avec une petite corbeille qui se passait d’une personne à l’autre. Le 11 février 1939, il s’avance vers ma mère qui lui fait remarquer qu’il n’avait pas mentionné la mort du Pape Pie XI annoncée la veille au soir, alors que très peu de gens avaient la radio. Il se redresse et, avec sa voix de sourd, déclare qu’il lui semblait bien avoir oublié quelque chose en sortant de chez lui...

Très musicien, il avait une voix splendide et ne laissait pas sa place pour chanter le “Minuit Chrétiens” à Noël. Il aimait aussi les chants patriotiques qui étaient chantés jadis dans la liturgie, soit à Jeanne d’Arc, soit à Marie et ne manquait pas non plus de donner son avis, au sortir de la messe, sur les partis politiques à voter. Nous, enfants, ce qui nous amusait le plus, c’était la confession avant la messe. Il n’y a jamais eu de confessionnal à la Chapelle auxiliaire de Mornex. Cela se passait donc derrière l’autel, avec un rideau. Comme le curé Dompmartin était très sourd, il se faisait répéter les péchés à haute voix et, entassés sur un banc, nous entendions tout. D’autre part, nous ne prenions guère l’examen de conscience au sérieux et nous discutions préalablement entre nous lequel ou laquelle s’accuserait de paresse, de désobéissance ou de mensonge. nous en avions même désigné un pour s’accuser du “péché de la chair” pour savoir enfin ce que c’était ! Il s’est dégonflé... Il animait ses rencontres de catéchisme au presbytère à Monnetier, pour tous les enfants de la commune le jeudi et le dimanche après les vêpres. En hiver, il les recevait dans sa cuisine afin qu’ils aient plus chaud. Son engagement pendant la guerre a été important. Il a souffert de la faim pour laisser sa part à d’autres.

Beaucoup de Juifs arrivaient à Mornex, à l’hôtel du Château - tenu par Mme Marguerite Grisoni, veuve - en provenance d’une organisation de Grenoble, pour essayer de les faire passer en Suisse. Elle les déclarait alors de confession catholique ou protestante sur les fiches signalétiques à envoyer à la gendarmerie de Reignier. Lorsqu’ils étaient nombreux, certains étaient logés au presbytère de Monnetier. Le curé organisait les passages vers la Suisse avec différents passeurs. Un soir où il était en visite à l’hôtel du Château, il y eut à l’improviste un arrivage de 13 personnes juives. Sans hésiter, il a simplement aidé à faire les lits pour pouvoir les coucher.

Atteint d’un cancer généralisé dont il a beaucoup souffert, il aurait supporté sa maladie avec beaucoup de courage et voulait absolument vivre les "missions" de février 1948 à Monnetier. Il aurait confié à Mme Grisoni : "après la mission, je m’en vais...". Elle comprit alors ce qu’il avait sous-entendu. Il est décédé le 22 avril 1948 au presbytère de Monnetier où nous lui faisions une visite quelques jours avant avec mon mari à la demande de mon père qui l’aimait beaucoup. Il gisait amaigri dans son lit, soigné par Thérèse. Avant la guerre, il venait de temps en temps prendre un repas à la maison où mon père aimait bien plaisanter avec lui ; quand il avait trouvé une répartie, le coin de ses lèvres très fines s’agitaient. Ma mère pendant ce temps recousait des boutons à sa soutane.

C’était un saint, et un saint bon vivant ! »

Selon un article de Mme Claude Weber, paru dans Salèves n° 64, bulletin de la commune de Monnetier-Mornex-Esserts-Salève.

Depuis le 8 mai 2013 une plaque commémorative fixée sur la cure mentionne « À la mémoire de l’abbé Jules César Dompmartin, curé de Monnetier-Mornex de 1929 à 1949. Maillon principal de la filière qui œuvra durant la guerre de 1935-1945 au passage vers la Suisse de nombreux juifs. Hommage également aux héros de l’ombre ».

À droite de la photo ce café, idéalement situé entre le village de Monnetier et les carrières du Salève, était tenu par Jean Perréard, dit Jean de Naz.

Collection G. Lepère.



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