Photos et cartes postales

Place de l’Île dans la brume du petit matin (1947)

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Éditeur : AmateurN° de carte : -
Commune : GenèveLieu-dit : La Tour de l'Île

En ce petit matin de février, le brouillard laisse difficilement apparaître les détails des bâtiments situés au loin. Cependant, avec un peu d’attention on peut distinguer la Tour de l’Île avec le cadran de son horloge. Il s’agit du dernier vestige du château de l'Île bâti en 1219 par l'évêque Aymon de Grandson pour contrebalancer l'influence des comtes genevois qui possédaient le château du Bourg-de-Four. Il servait de résidence aux dignitaires, ainsi que de prison dans laquelle furent enfermés au XVIe siècle plusieurs patriotes genevois, lors des luttes de Genève pour son indépendance. Surélevée et restaurée en 1897, la Tour de l’Île, rachetée à un privé en 2012 par la Ville de Genève, est l’un des monuments clés du patrimoine de la ville. La grande horloge qui donne son caractère à l'édifice y est installée depuis le XVIe siècle. Cette île sur le Rhône resta de nombreuses années le seul point de contrôle de la liaison européenne nord-sud, grâce à son pont reliant les deux rives. Une plaque commémorative rappelle que Jules César avait fait détruire ce pont en 58 avant J.-C., faisant ainsi entrer Genève dans l’Histoire.

On peut également percevoir sur le cliché, au pied de la Tour, à côté de la porte, la statue érigée en 1909 en hommage à Philibert Berthelier, héros de l’indépendance genevoise. Né en 1465 dans une famille bourgeoise, Berthelier est un membre respecté de la communauté et un proche du pouvoir de la ville, mais il est perçu comme l’âme de la résistance au pouvoir du duc de Savoie Charles III. Celui-ci le fait arrêter et enfermer au château de l’Île le 23 août 1519. Accusé à tort d'avoir trempé dans un complot contre la vie de l’évêque, et après un jugement expéditif, Philibert Berthelier est condamné pour crime de lèse-majesté sur la personne du prince-évêque. La sentence de ce simulacre de procès est exécutée immédiatement pour éviter que l’accusé ne prenne la fuite et il est décapité à l’endroit approximatif où se trouve sa statue. La statue de Philibert Berthelier pointe du doigt une inscription gravée sur la Tour : « Non moriar sed vivam et narrabo opera domini » (Je ne mourrai pas mais je vivrai et je raconterai les œuvres du Seigneur). Charles III compte bien faire de son exécution un exemple pour quiconque voudrait s’interposer à sa volonté, mais cette mainmise de la maison de Savoie provoque une forte réaction des genevois qui s'allient en 1526 par des accords de combourgeoisie avec Berne et Fribourg. Genève peut alors affirmer son indépendance et appliquer la devise inscrite en 1512 à son registre : « Il vaut mieux vivre libres et pauvres que riches et assujettis au joug de la servitude ». Cette devise laisse transparaître la haute estime que les Genevois se font de leur souveraineté et cet esprit frondeur, chevillé à son identité, se manifestera à plusieurs reprises lors de l’histoire de la ville du bout du lac.

Finalement on peut aussi remarquer un détail intéressant sur la photo, avec la présence des deux lignes d’alimentation d’un trolleybus, dont les premiers ont été introduits en 1942. Un premier tronçon, situé sur la ligne 3 entre Grand-Pré et Petit-Saconnex, est mis en service le 11 septembre, tandis que le 19 novembre de la même année, c'est le tronçon Cornavin - Petit-Saconnex qui est activé.

Cliché de Roger Hauert - Collection Bernard Hauert.



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